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Joseph Kabila prépare une conférence des chefs coutumiers de la RDC pour réparer une injustice remontant à Berlin 1885

Kinshasa, 26/12/2009 / Politique

L’organisation prochaine d’une conférence des Chefs coutumiers congolais ainsi que l’a annoncé depuis Goma le porte-parole de la délégation d’autorités traditionnelles à l’issue de l’audience leur accordée par le Chef de l’Etat est un signal fort de la reconnaissance du pouvoir ancestral sabordé depuis la Conférence de Berlin en 1885

 

 

 

C’est au lendemain de son départ de Bukavu et de son arrivée à Goma, le mercredi 16 décembre 2009, que le Président de la République a reçu en audience, au chef-lieu du Nord-Kivu, une délégation des Bami (chefs coutumiers) du Sud-Kivu.

Au sortir de la rencontre, le porte-parole des Bami a annoncé la tenue prochaine de la Conférence Nationale de l’Autorité Coutumière. Les dates et lieu seront incessamment déterminés.


Avec cette annonce de la tenue de la Conférence des Chefs coutumiers congolais, le président Joseph Kabila est en train de s’engager judicieusement dans un processus de réparation d’une injustice remontant à la Conférence de Berlin de 1885 qui avait déclenché le partage colonial de l’Afrique en usant du sabordage systématique de l’autorité coutumière qui régentait les sociétés locales.

Dans la concrétisation de la démarche du Chef de l’Etat, la présidence de la République se doit de prendre en charge l’ensemble de l’organisation des assises envisagées, avec en pratique la confection de la liste des participants, les autres invités, la logistique appropriée, tout en s’appuyant sur les structures officielles existantes des Chefs coutumiers. 

En raison des enjeux de la sécurisation et du développement national intégré, et dans la perspective de la mise en place des entités territoriales décentralisées (ETD), une jonction avec la 2ème session de la Conférence des Gouverneurs de province prévue prochainement à Mbandaka est vivement souhaitée.

En 2007, deux mois après l’investiture de Joseph Kabila à la magistrature suprême, cette proposition avait été faite à l’un de ses proches qui n’en trouva pas l’utilité, en dépit de toute l’argumentation évoquée. En 2008, à deux reprises, elle a été renouvelée auprès d’autres collaborateurs qui réagiront de la même manière.

En fait, l’homme politique ou l’homme d’Etat congolais moderne, pour ne pas dire occidentalisé, a toujours perçu dans le Pouvoir coutumier quelque chose de folklorique sinon d’archaïque, voire de mystique ! Pourtant, il vit lui-même pleinement dans un contexte historique, social, culturel, bref sociologique dominé par la coutume. Ce contexte résulte du fait, normal au demeurant, d’une culture nationale en gestation ; la culture congolaise n’étant ni millénaire, ni à proprement parler séculaire.

Quelques données chiffrées pour s’en rendre compte :

  • le Congo n’existe formellement, comme Etat internationalement reconnu, que depuis la Conférence de Berlin en 1885 ; voici donc 125 ans.

  • le Congolais né en 1885 a atteint 75 ans en 1960, année de l’accession du pays à l’Indépendance.

  • son petit-fils qu’il a eu à 50 ans, soit en 1935, va atteindre 75 ans d’âge en 2010 !

C’est pour dire qu’en 125 ans d’existence, le Congolais en est à sa troisième génération ! De ce fait, il est encore dominé par sa coutume. A preuve, on a beau être culturellement américain ou européen, mais pour tout rituel lié à la vie quotidienne (mariage, naissance, achat d’un terrain pour activités champêtres ou autres, décès etc.), on s’en remet toujours au Pouvoir coutumier. 

Cette introduction est pour convaincre les irréductibles du Pouvoir moderne de la vanité du mépris qu’ils affichent à l’égard de l’Autorité coutumière. D’ailleurs, le processus électoral démocratique enclenché en 2006 les a ramenés à l’évidence. C’est, en effet, auprès des chefs coutumiers que les candidats sont allés rechercher des voix ! Dans la perspective des échéances 2011, ils s’apprêtent à rempiler.



Atout décisif pour la paix et le développement


Cela dit, revenons à la Conférence de l’Autorité Coutumière projetée en l’abordant d’abord au plan historique, ensuite au plan politique, social et économique. Au plan historique, il est de notoriété publique que le Congo n’est rien d’autre que la compilation des traités de protectorat signés entre, d’un côté, les mandataires du roi Léopold II et, de l’autre, les souverains locaux (empereurs, rois, chefs coutumiers) qui, en majorité, s’ignoraient les uns les autres. On ne dira pas, par exemple, que l’empereur Lunda et le roi Kongo de l’époque léopoldienne se fréquentaient !


 

La première fois que la Belgique fera rencontrer ces souverains, c’est dans le cadre de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, symbolisée par l’Atomium. On y parla pas politique ; le sujet étant tabou. La preuve est que la délégation constituée pour l’Indépendance comprenait essentiellement de politiques. Ainsi, en 125 ans d’existence dont (bientôt) 50 d’Indépendance, les chefs coutumiers congolais n’ont jamais été formellement réunis par le Pouvoir central pour aborder réellement les matières politiques. L’anecdote laisse entendre que lorsqu’on le fit sous la 2ème République, c’était pour se voir ou se faire « soutirer » les secrets de leur puissance !

En décidant de les réunir, Joseph Kabila crée une première, car c’est effectivement la première fois, depuis 1885, que l’Autorité coutumière sera formellement consultée sur la gestion de l’Etat. Au plan politique, social et économique, la conférence projetée justifie amplement sa raison d’être en ce que l’Autorité coutumière est un atout décisif dans l’avènement et la consolidation de la paix durable en amont ; de l’enclenchement du développement intégré en aval.

La singularité du Pouvoir coutumier est sa « transfrontalièreté », si l’on peut nous permettre ce terme. Que ce soit au niveau des villages (localités), des secteurs, des territoires, des districts et des provinces à l’intérieur du pays, cette notion est de mise. Un chef coutumier d’un village donné peut exercer son pouvoir sur les habitants d’autres villages environnants ou éloignés, ce du simple fait pour ces gens d’être de sa lignée clanique ou familiale. Il en est de même d’un chef coutumier d’un secteur, d’un territoire, d’un district ou d’une province.

On ne peut, dès lors, procéder au découpage territorial pour aller aux Etd sans impliquer l’Autorité coutumière.Transposée au niveau national, la notion de « transfrontalièreté » est aussi de mise. Le cas le plus éloquent est celui de l’empereur des Lunda et du roi Kongo. Le premier, domicilié au Katanga, en RDC, exerce son autorité sur les Lunda de la RDC qui sont au Katanga, au Kasaï et au Bandundu, mais aussi sur ceux de l’Angola. Le second, domicilié à Mbanza Kongo en Angola, exerce la sienne sur les Ne Kongo d’Angola, du Congo-Brazzaville, du Gabon et de la RDC.

Avec ses 9 voisins dont l’Angola, la Zambie, la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda, le Soudan, la RCA et le Congo-Brazzaville, la RDC a, pour sa propre sécurisation et son propre développement, vocation de contribuer à la sécurisation et au développement de ceux qui l’entourent. Elle ne peut, partant, minimiser et surtout banaliser l’apport du Pouvoir coutumier.

 


Au nom du principe de continuité de l’Etat


C’est parce qu’il en est ainsi que la tenue de la Conférence Nationale de l’Autorité Coutumière n’est pas à laisser à n’importe qui et à n’importe quelle structure. L’initiative ayant la caution du Président de la République, son organisation est à confier à la Présidence de la République, précisément à une personnalité ayant la confiance totale de Joseph Kabila et qui maîtrise les questions coutumières aux plans sociologique, politique, économique et social.

Il est évident qu’il va falloir s’appuyer sur des organisations de l’Autorité qui existent et fonctionnent légalement ; question d’éviter des opportunistes habitués à voir tout sous l’angle de per diem et, cela va de soi, à tout gâcher. Pour faire d’une pierre deux coups, l’idéal serait de prévoir une jonction avec la Conférence des Gouverneurs de Province. Après la première session tenue à Kisangani, la deuxième session a été prévue pour Mbandaka en ce mois de décembre finissant.

Comme relevé plus haut, la mise en place des Etd – en tant que chantier prioritaire des Institutions provinciales – requiert impérativement le concours des chefs coutumiers. Une rencontre de prise de contact en marge de la Conférence des Gouverneurs et de la Conférence Nationale de l’Autorité Coutumière serait souhaitable.

Bien plus, en prévision du Cinquantenaire de l’Indépendance le 30 juin 2010, on ne pourrait pas célébrer cet événement sans rendre véritablement hommage aux héritiers des souverains sans lesquels – cela est tout à fait évident – le Congo n’aurait jamais existé. Et, par ricochet, ni Joseph Kasa-Vubu, ni Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko, ni Laurent-Désiré Kabila, moins encore Joseph Kabila Kabange ne serait Président de la République !

Puisque Joseph Kabila – au nom du principe de continuité de l’Etat – assume pour ses prédécesseurs – dont le lointain Léopold II et sa succession jusqu’au roi Baudouin - on ne peut que saluer son initiative de la 1ère Conférence des Chefs coutumiers congolais…

 
Correspondance de Omer Nsongo die Lema/MMC

(DN/Yes)

Last edited: 26/12/2009 1214

http://www.digitalcongo.net/article/63478

 


 


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